L'Heure des Magazines
Dans la rubrique "Essentiel", je parlerai de mon chemin, entrepris depuis maintenant quelques années, vers une "dépossession" matérielle.
Sujette au stress, j'ai remarqué qu'un type de stress parmi ceux que j'éprouvais, était lié à la quantité d'objets sur lesquels se pose mon regard partout dans la maison. Dans mon environnement extérieur aussi bien sûr, mais je n'ai pas prise dessus. En revanche, la maison étant assimilée symboliquement au nid, au refuge, au retour sur soi après l'agitation et l'extériorisation des activités, il est normal d'y rechercher confort, calme, source de bien-être pour y recharger ses batteries, y vivre des émotions positives.
Or, la présence de mutitudes d'objets épars, orphelins, en état transitoire dans l'attente que l'on prenne une décision pour leur sort futur, m'agresse, me perturbe, provoque de la colère, de la tension.
C'est pour y remédier que je me suis peu à peu intéressée au désencombrement. La lecture du livre de Dominique Loreau, l'Art de la simplicité, paru en 2007, a été le déclencheur.
Je suis allée parfois trop loin, car - et certains "désencombreurs" en témoignent - on peut être pris par une "fureur de jeter". J'ai donné, surtout, des tas de choses dont je ne me servais pas, parfois au mépris de la valeur sentimentale ou de mémoire qu'elles pouvaient receler. Avec le recul, j'ai compris qu'il fallait être un peu plus modéré. Jeter tous ses souvenirs par la fenêtre n'est pas plus confortable que de devoir enjamber des piles de vêtements ou de revues pour aller se coucher.
Et puis il y a des passions dont on ne guérit pas, ou en tout cas pas vite. Je suis très fragile devant un cahier, une liasse de papiers, des enveloppes décorées, et... des magazines. Je craque encore souvent pour eux, même si c'est beaucoup moins fréquent.
J'aime tourner des pages, feuilleter des revues assise au soleil, j'aime écrire sur du papier, et voir les piles stockées sur l'étagère...
Mais je reste avec mes interrogations: Dans quel but garder cela ? Pour en faire quoi ? Le jour où j'aurai besoin de citer l'article lu, de retrouver la photo aperçue, d'utiliser la recette entreposée dans une des piles - mais laquelle - en serai-je capable, sans perdre trop de temps ni de sang-froid ?
Je sais qu'actuellement non, je ne le suis pas. J'avoue mon impuissance et mon découragement quand j'essaie de penser à un classement pour "tout ça". Je me dis souvent que ça n'en vaut pas la peine. Qu'il faut davantage lire et moins stocker, plus écouter et moins dire.
Aujourd'hui, j'ai jeté quelques vieilles revues. Je sais maintenant qu'il faut calmer l'envie de tout attraper et tout balancer dans le grand conteneur de papiers à recycler. Trop facile aussi. Car en prenant le temps de le faire, par petites touches, je tâche de me concentrer sur l'idée de diminuer ma consommation de papier. Moins en avoir chez moi, oui, mais pas parce que j'en jette autant que j'en achète. Parce que je n'ai gardé que le meilleur, l'essentiel, et que je m'arrange autrement pour satisfaire ma curiosité intellectuelle ou mes besoins esthétiques.
Au hasard: un petit tour à la bibliothèque, ou bien une promenade en forêt...
Photo: Laure Hetzel (Atelier Oulipo)
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