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Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 09:53

 

Texte écrit à l'atelier d'écriture de François Bon, été 2011 à Orléans

 

 

Une journée de juillet 1980, Tours. Annie Mother, vingt-quatre ans, est une belle femme. En descendant Buffon Street pour accoucher, elle se livre à un monologue intérieur sur ses états d'âme.

Les cercles de plomb se dissolvaient dans l’air. Que nous sommes bêtes, se dit-elle en traversant Le Boulevard Heurteloup (ils ont eu du mal à se garer). Dieu seul sait la raison pour laquelle nous l’aimons tant, et cette manière que nous avons de la voir, de la construire autour de nous, de la bousculer, de la recréer à chaque instant; et les mégères informes, les rebuts de l’humanité assis sur le pas des portes (l’alcool ayant causé leur perte) en font autant.

Nous sommes le seize et c'est au seize. Elle ne sait pas encore que la maternité, fenêtre en haut à gauche, tout en haut, tout à gauche, sera une extension de la Préfecture.

 

 

cartes nationales d'identité : 44 237
passeports : 19 320
cartes de séjour : 3998
demandes de naturalisation : 314
cartes grises (véhicules neufs et changements de propriétaire) : 112313
rétentions de permis de conduire : 2526

Collectivités locales

délibérations des collectivités locales : 30 à 35 000
actes budgétaires reçus au titre du contrôle de légalité : 85 000 à 100 000

Coopération intercommunal

Intercommunalité à fiscalité propre : 1 communauté d'agglomération, 23 communautés de communes
Syndicats : 35 SIVOM, 162 SIVU, 21 syndictas mixtes

LE PRÉFET Joël, Jacques, Rémi FILY
Né le 21 janvier 1953
à Paris 8ème (Seine)

Chevalier de la Légion d'honneur
Chevalier de l'Ordre National du Mérite

Maîtrise de Droit
I.E.P. Paris

Informations provenant du site

http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_l_interieur/les_prefectures/votre_prefecture/037/

 

Il n'y a pas de lien pour aller sur le site de la Préfecture parce qu'il n'y a pas d'adresse indiquée, donc ça veut dire que ça n'existe pas ?

Et puis après, il semble que c'est un immeuble, avec des appartements, près du jardin de la Préfecture et des gens qui pique-niquent entre deux rendez-vous au bureau, entre deux poivrots, entre deux moineaux.

On ne retrouvera pas trace nulle part dans Google de cette maternité, et pourtant pourtant se dit-elle alors qu'elle est sur le point d'accoucher, que les contractions sont de plus en plus fortes, pourtant je suis sûre qu'elle a existé, qu'elle existe, j'y entre, je vais bientôt m'installer, enfin, façon de parler, mais non, plus de trace, plus d'adresse, pas un nom sur les sonnettes, caméra performante mais pas à ce point, et quand elle sera grande elle passera devant tous les jours tous les jours et elle se dira qu'elle était là aussi, mais quelle fenêtre c'était déjà, pas vraiment d'importance mais si, puisqu'Annie Mother est comme la maternité, elle n'existe plus.

Par uncoeursimple - Publié dans : Lis Tes Ratures
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 21:13

 

Texte écrit à l'atelier d'écriture de François Bon cet été, à Orléans

 

Cahier 1. Grand cahier du jour en 24×32 où la maîtresse colle les feuilles de travail. La double-ligne (3 mm) sur le cahier de 32 pages, “débutant” avec une ligne pour les grandes lettres (l, h, k…): il permet d’écrire “dans les rails”, et l’apprentissage du cahier. Gestion de la marge.

 

dblelignes-21

 

 

Premières déchirures de fin d’année. Il reste des pages vierges, elles ne sont encore ni blanches ni angoissées.

Cahier 2. Maîtrise l’écriture. Lis tes ratures. Cahier 17 x 22 avec un interlignage de 3 mm. (Désignation exacte : Format 17 x 22 – 32 p – Seyes, 3 mm (carreaux 12/12). Il permet de différencier les lettres « 2 étages » des lettres « 3 étages ».

 

gdlignes-2

 

Deuxièmes déchirures de fin d’année. Vierges pas blanches, petite angoisse.

Cahier 3. Enfin… passe au cahier Seyes standard.

Au CE1, il est courant de repartir sur un cahier interlignage 3 mm pour revoir la formation des lettres, la présentation … puis d’utiliser un cahier Seyes standard.

Seyes standard. Tables de multiplications dans le dos. Grands carreaux, marge à droite, lignes bleues et violettes marge rose, lignes vertes et bleues, marge rouge. Vaisseaux, veinules, artères d’écriture.

Troisièmes déchirures.  Schrrch, schrrch. Musique blanche pour chasser l’angoisse.

Seyes, seyes, seyes. Say Yes.

Pages vierges entassées, toujours pas blanches.

 

Feuilles de classeur, grandes, petites, grands carreaux, petits carreaux, doubles, simples, perforées, pas perforées, gribouillées, déchirées encore, agendas, formats, épaisseurs textures couleurs densité caresses sang bleu ou noir inextinguible, CARNETS, spirales, fouillis, confettis, lambeaux, collages, débuts. Amour.

 

carnet-nature-et-decouvertes-300x300

 

Papier mâché, mots remâchés, carnets remplis, soignés, pages restantes toujours malmenées, fureur de ce qui reste, inutilisé.

Grands carnets, petits carnets, épaisseur d’un mur ou finesse d’un trait, remplir sans souffler, sans respirer, encre à peine sèche, comme larmes. Comme sang. Carnets, car nés. Quatre nés, multipliés.

Volume, poussière, charge alourdie, amour languissant, étiré. Espace occupé.

Dernière déchirure en été. Carnet inachevé resté sur la conscience, infidélité. Sculpture de l’eau branchée, illusion de légèreté. Ils sont là, derrière l’écran, comme des enfants abandonnés. Reste des pages blanches et angoissées, délaissées.

Murmure: “Go back. Say yes…”

Par uncoeursimple - Publié dans : Lis Tes Ratures
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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 17:33

 

 Dans la rubrique "Essentiel", je parlerai de mon chemin, entrepris depuis maintenant quelques années, vers une "dépossession" matérielle.

Sujette au stress, j'ai remarqué qu'un type de stress parmi ceux que j'éprouvais, était lié à la quantité d'objets sur lesquels se pose mon regard partout dans la maison. Dans mon environnement extérieur aussi bien sûr, mais je n'ai pas prise dessus. En revanche, la maison étant assimilée symboliquement au nid, au refuge, au retour sur soi après l'agitation et l'extériorisation des activités, il est normal d'y rechercher confort, calme, source de bien-être pour y recharger ses batteries, y vivre des émotions positives.

Or, la présence de mutitudes d'objets épars, orphelins, en état transitoire dans l'attente que l'on prenne une décision pour leur sort futur, m'agresse, me perturbe, provoque de la colère, de la tension.

C'est pour y remédier que je me suis peu à peu intéressée au désencombrement. La lecture du livre de Dominique Loreau, l'Art de la simplicité, paru en 2007, a été le déclencheur.

Je suis allée parfois trop loin, car - et certains "désencombreurs" en témoignent - on peut être pris par une "fureur de jeter". J'ai donné, surtout, des tas de choses dont je ne me servais pas, parfois au mépris de la valeur sentimentale ou de mémoire qu'elles pouvaient receler. Avec le recul, j'ai compris qu'il fallait être un peu plus modéré. Jeter tous ses souvenirs par la fenêtre n'est pas plus confortable que de devoir enjamber des piles de vêtements ou de revues pour aller se coucher.

Et puis il y a des passions dont on ne guérit pas, ou en tout cas pas vite. Je suis très fragile devant un cahier, une liasse de papiers, des enveloppes décorées, et... des magazines. Je craque encore souvent pour eux, même si c'est beaucoup moins fréquent.

J'aime tourner des pages, feuilleter des revues assise au soleil, j'aime écrire sur du papier, et voir les piles stockées sur l'étagère...

oulipo

Mais je reste avec mes interrogations: Dans quel but garder cela ? Pour en faire quoi ? Le jour où j'aurai besoin de citer l'article lu, de retrouver la photo aperçue, d'utiliser la recette entreposée dans une des piles - mais laquelle - en serai-je capable, sans perdre trop de temps ni de sang-froid ?

Je sais qu'actuellement non, je ne le suis pas. J'avoue mon impuissance et mon découragement quand j'essaie de penser à un classement pour "tout ça". Je me dis souvent que ça n'en vaut pas la peine. Qu'il faut davantage lire et moins stocker, plus écouter et moins dire.

Aujourd'hui, j'ai jeté quelques vieilles revues. Je sais maintenant qu'il faut calmer l'envie de tout attraper et tout balancer dans le grand conteneur de papiers à recycler. Trop facile aussi. Car en prenant le temps de le faire, par petites touches, je tâche de me concentrer sur l'idée de diminuer ma consommation de papier. Moins en avoir chez moi, oui, mais pas parce que j'en jette autant que j'en achète. Parce que je n'ai gardé que le meilleur, l'essentiel, et que je m'arrange autrement pour satisfaire ma curiosité intellectuelle ou mes besoins esthétiques.

Au hasard: un petit tour à la bibliothèque, ou bien une promenade en forêt...

 

Photo: Laure Hetzel (Atelier Oulipo)

Par uncoeursimple - Publié dans : Essentiel
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